Questionnement : Traduire la sensibilité du designer graphique malgré des contraintes données : ligne / bichromie / pince / support de communication
durée : 9h00 / dates : 18, 19 et 25 novembre 2021
Pierre Louis
Problème La couleur fait partie de nos sensibilités respectives, elle arrive souvent comme un élément communiquant plus que comme une démarche provenant d’un auteur. Autrement dit, la couleur a un usage fonctionnel et sert un message, mais elle ne peut pas être une conviction ni une interprétation du graphiste (ou rarement). On ne lui demande pas d’exprimer ses goûts, mais plutôt de se servir de la couleur comme un usage culturellement logique.
Problématique Comment utiliser / retranscrire la couleur en tant que forme sensorielle et sensible ?
Recherche Pour ma recherche plastique, j’ai choisi de me tourner vers l’expérimentation de la pince en tant que processus. J’ai utilisé une tige qui maintenait la pince comme le prolongement de mon bras. Un feutre à pointe large a été tenu au bout de cette pince, puis, j’ai tracé de longues lignes, tel un parcours. Ce processus m’a apporté des résultats « tremblés » et maladroits, liés à cette notion de sensibilité. Les variations de tracés, de l’opacité de l’encre, de la vitesse du geste… ont eu une influence directe sur la ligne et sur ce qu’elle exprimait. Une fois ces formes plastiques scannées et retouchées, je me suis servi d’un morceau de tracé pour créer, avec un pinceau prédéfini sur Photoshop, une typographie expressive. La couleur étant au cœur de mon questionnement, j’ai choisi de m’orienter vers l’exposition Colors, etc. Celle-ci pose des questions sur la couleur : comment peut-on sentir la couleur, l’entendre, la voir… J’ai choisi une bichromie sombre et rosée, non pas comme éléments logiques de communication, mais bien par rapport à ma sensibilité. Je ne souhaitais pas retranscrire quelque chose de concret, ou de culturellement compréhensible, mais je souhaitais plutôt m’en servir comme une sensation personnelle liée à cette exposition que j’ai eu l’occasion de visiter.
Juliette
Problème Communiquer sur le corps humain nu sans pour autant être explicite. Évoquer la sensibilité, l'élégance et la sensualité d'un corps via l'outil de la pince à dessin.
Problématique Comment s'approprier un outil comme la pince et des contraintes de censure sans leur laisser prendre le pas sur la sensualité du corps humain nu ?
Recherche Retranscription du dessin académique par la texture, l’objet photographié, les tons colorimétriques et la typographie de titrage qui rappelle les traits de construction d’un dessin. La photographie connote la sensualité du corps de la pince, elle exprime le sensible méconnu de la pince à dessin.
Eli
Problème Matérialiser l’imperceptible, l’invisible. Nous, être humains, percevons des émotions et des sentiments. Cependant, nous cherchons en permanence montrer le moins possible de nos émotions, en essayant de les contrôler pour ne pas les laisser nous déborder (par la colère, la tristesse…). L’homme préfère donc les cacher, les refouler, les oublier et même nier leur existence. L’idée est d’exprimer cette sensibilité que nous partageons tous, cette chose impalpable, invisible et imprévisible qui nous permet tout de même de créer.
Problématique Comment faire percevoir la sensibilité du graphiste ? Comment révéler l’invisible ?
Recherche Exposition Au-delà du réel ? Elle est consacrée aux arts numériques, aux performances audiovisuelles, aux spectacles vivants en prise avec les nouvelles technologies. L’exposition traite de la révélation de l’invisible par les arts numériques, les sciences et les technologies; de ces si petites choses que l’on ne voit pas avec notre œil humain, mais qui pourtant existent bien autour de nous, ces choses que l’on rejette afin de ne pas se laisser contrôler par nos propres émotions.
Ainsi, le but de ces affiches était de mettre en avant et d’assumer ces vibrations intérieures voire intimes que nous pouvons ressentir. Sur ces affiches, ce que l’on peut représenter comme sensible c’est le geste du créateur, « la patte de l’artiste ». Le corps étant engagé, produire un geste vient déterminer une forme de sensibilité. Ces émotions que l’on cherche plus souvent à dissimuler plutôt qu’à mettre en lumière, ont un poids important dans le visuel. On peut les ressentir, en tant que spectateur, comme intrusives envahissant l’espace. Cette exposition n’est qu’un prétexte afin d’attester que d’autres perceptions du monde peuvent aussi exister, que l’on puisse aussi les mettre en valeur. Tout est là sous nos yeux. Sont présentées alternativement ci-dessous, l'expérimentation graphique et deux affiches finales.
CharlotteB
Problème À l'annonce du sujet d'Eli et des contraintes imposées, réussir à provoquer la part de sensibilité en tant que telle dans un visuel m'a paru plus que compliqué. Mais c'est quand on se s'en « opprimé » que nous redoublons d'efforts pour nous affirmer.
Problématique Comment manipuler les règles imposées pour flirter avec les limites du hors sujet, sans rejeter totalement le modèle imposé ?
Recherche Le fait d'agir dans un environnement bien plus contraint qu'habituellement, un instinct plutôt opportuniste s'est éveillé. La contrainte qui était à mon sens la plus handicapante était l'usage de la pince comme outil, mais au lieu de lui donner l'importance et le statut d'outil j'en fais le signe iconographique star. En découle, l'expression populaire « j'en pince pour toi ». J'ai cherché tout les moyens détournés d'évoquer la pince en faisant un pas de côté. De là, découle le contexte de communication qui est une application de rencontre. En faisant de la pince du mécanicien le sujet principal pour parler d'amour, sentiment délicat et charnel, cette affiche propose une approche complètement décalée et incongrue. La bichromie m'a forcé à me confronter à un travail de la couleur dont je ne suis pas adepte. La pince saute aux yeux, le texte emplis d'honnêteté se démarque, le logo Tinder se fond dans l'affiche pour laisser place à l'objectif ultime de tout utilisateur, l'amour.
Andéol
Problème Le quotidien du designer graphique est jonché d'impératifs, contraintes et demandes. Tellement que certains n'arrivent plus à exprimer leur personnalité propre, en produisant un travail de plus en plus distant et froid.
Problématique Comment intégrer une contrainte dans une production sensible et personnelle ?
Recherche Utiliser la pince comme outil, afin de créer de la ressource graphique. L'affiche est basée sur des procédés rigides et rigoureux, mettant la contrainte de la ligne en avant. L'emploi de grilles, repères orthonormés, modules, etc., renvoie à la panoplie du graphiste, mais aussi à un certain savoir-faire, maîtrise. Des formes plus organiques, aléatoires et libres s'émancipent de cette rigidité, créant un contraste entre les deux notions. Illustrant la dualité entre le graphiste technicien, maître d'œuvre, et sa personnalité créatrice (dégradés non linéaires, traces de peinture, etc.). La typographie reprend cette confrontation : une monospace linéale vectorielle, mise en italique arborant des courbes et formes plus fantaisistes. L'annonceur, Salon arts & craft, illustre également ce mélange entre rigueur et sensibilité.
Guillaume
Problème On entend souvent l’expression de « patte graphique », que chaque designer possède une sensibilité différente mais aussi des moyens de création divers. Mais lorsque l’on a des contraintes il est parfois difficile de faire ressortir le côté personnel du travail demandé, surtout quand l’on a des contraintes plus techniques liées à l’outil (comme pour ce projet où l’on doit utiliser des pinces, la ligne et la bichromie). « The Classical Festival » est un festival fictif où des orchestres symphoniques, donc des instruments classiques, reprennent des musiques électroniques. Ce festival ce déroule à Vienne sur trois jours avec un thème différent chaque jour en fonction des nombreux styles de musiques joués.
Problématiques Peut-on s’aider du travail plastique pour créer un travail numérique ? Et jusqu’où peut-on aller dans la modification des formes ?
Recherche Le but de ces affiches est de travailler sur la patte personnelle dans le travail graphique que chacun peut avoir tout en respectant certaines contraintes. Les contraintes données n’en sont ici pas vraiment car elles sont très larges et donc facilement détournables. Dans ce travail je me suis intéressé à l’affranchissement de la normalisation, comment peut-on réutiliser les différentes contraintes en les détournant. Plus principalement sur la notion du « numérique plastique ». S’aider d’un travail fait à la main pour ensuite le retravailler numériquement. Je voulais ici travailler l’affiche en ne s’aidant que du titre « The Classical Festival ». Un travail typographique principalement mais qui peut aussi devenir une image à part entière, ou la typographie n’a plus comme fonction d’être lue mais plutôt d’être vue. Les différents éléments qui composent les affiches ont tous été créés manuellement d’une part puis détournés numériquement. La typographie du titre reprend la contrainte de la pince qui a été trempée dans de la peinture mais aussi de la ligne car la déformation du texte donne des courbes singulières puis la grille de lignes déformées qui a été faite à partir de papiers froissés. Sont présentées alternativement ci-dessous, l'expérimentation graphique et trois affiches finales.
CharlotteD
Problème Communiquer, créer des visuels grâce à une pince en acier. Possibilité d’utiliser deux couleurs.
Problématique Comment apporter de la sensibilité dans le processus de création et le visuel en utilisant la pince comme outil ?
Recherche J’ai utilisé la pince comme outil afin de créer cette affiche. Ma personnalité et ma sensibilité se retrouvent dans les gestes et le choix des couleurs. Je n’ai pas utilisé le visuel comme base de composition. J’ai préféré amener les éléments textuels de manière conventionnelle (dans un rectangle) afin de créer un écart entre ma production artistique et les éléments factuels, propres aux commandes graphiques. Sont présentées alternativement ci-dessous, l'expérimentation graphique et une affiche finale.
Jeanne
Problème Avec l’évolution des différentes technologies et le suivi strict de certains protocoles de graphisme il est difficile d’exprimer sa sensibilité. Malgré les contraintes qui peuvent nous être imposés, est-il encore possible d’exprimer sa sensibilité à travers le design graphique et dans ce cas comment s’exprime t-elle ?
Problématique Exprimer la sensibilité à travers deux médiums : la pince et la bichromie. Cette problématique soulève le fait que le design graphique suit des règles spécifiques dont il est parfois difficile de se détacher pour exprimer sa sensibilité. Mais bien que contraignantes, les règles peuvent aussi être un support pour nourrir la créativité. La contrainte comme ligne directrice est un point de départ à l’expression personnelle. Comment exprimer la sensibilité à travers la pince comme outil et représentation ?
Recherche Dans ce projet, la pince loin d’être une contrainte est utilisée comme outil et point de départ. La bichromie fonctionne avec deux options, le noir : symbole de tempérance et d’humilité est signe d’élégance, de raffinement et d’humilité. L’usage du noir pour parler de l’artisanat me semblait cohérent pour exprimer à la fois de la sobriété et de la noblesse de l’artisanat. Il permettait également d’établir un meilleur contraste. Le bleu : une couleur apaisante et son usage est privilégié dans les lieux de vie et pour évoquer les institutions. Je trouvais donc son utilisation cohérente pour parler d’une institution. L’affiche fonctionne avec les deux couleurs. Pour symboliser le graphisme, je me suis servie de la pince comme outil et sujet. J’ai gravé à l’aide de celle-ci différents signes, qui évoquent le nom du lieu d’exposition « La pince, comme outil et sujet ». La typo, une CirrusCumulus, délicate et moderne se fond dans le décor à l’image du graphiste qui disparaît au profit de sa production et de l’expression de sa sensibilité. Les lignes qui encadrent l’affiche symbolisent les règles typographiques et visuelles auxquelles les designers graphiques sont contraints. Ces règles ont à la fois, soutien et enfermement. Ainsi la contrainte sert le propos et la pratique du designer graphique qui, comme le caméléon s’adapte à son milieu et aux contraintes qui lui sont imposées. Sont présentées alternativement ci-dessous, l'expérimentation graphique et trois affiches finales.
Emma
Problème …
Problématique Comment s'approprier un outil et des contraintes sans les laisser prendre le pas sur ma sensibilité en tant qu'étudiante en design graphique ?
Recherche J'ai choisi pour ce sujet d'utiliser l'objet pince non pas comme un outil mais de l'assumer en tant que visuel même de l'affiche. En passant par le biais du scanner j'ai pu récupérer une matière iconographique qui m'a semblé intéressante par les jeux de lumière et de réflection qu'elle permet. Une fois la collecte d'images menée à terme, j'ai opté pour trois d'entre elles, que j'ai ensuite traitées numériquement par le logiciel Adobe Photoshop. En mettant en place des systèmes de superposition et d'entremêlement des images, des trames et des textures, j'ai fini par obtenir un visuel final dont la composition, quelque peu anarchique et confuse, me convenait. En ce qui concerne le choix typographique, j'ai opté pour un travail manuscrit, qui je pense est assez représentatif de ma pratique, mais qui restait également cohérent avec l'idée d'un évènement promouvant l'artisanat. Sont présentées alternativement ci-dessous, l'expérimentation graphique et une affiche finale.
Questions retenues par Eli
- Comment le spectateur perçoit la sensibilité au sein d’une communication visuelle ?
- Comment faire ressentir une image ?
- Comment voir l’imperceptible, ce que l’on ressent, ce que l’on perçoit par nos sens ?
- Comment notre sensibilité propre, en tant qu’être humain, est-elle révélée visuellement ?
- Comment convoquer des postures académiques tout en laissant une part de libre-arbitre pour le créateur (liberté créatrice = sensibilité) ?
- Quelle est la différence entre différents designers ?
- La neutralité existe-elle réellement ?