petit projet graphique 5
kitsch jusqu'au bout des ongles
thème de travail initié par Alice C.
Questionnement
C’est kitsch, moche, de mauvais goût, ridicule, too much. Véritable jugement de valeur, nous avons déjà tout dit de ces termes pour qualifier quelque chose. Apparu vers 1880 en Europe, il reflète la volonté de la bourgeoisie d’enrichir son intérieur afin d’imiter la surcharge décorative des classes supérieures, grâce à la révolution industrielle par l’apparition de nouvelles matières et de nouvelles techniques.
Le boom économique après la Seconde Guerre mondiale a fait évoluer le kitsch au néo kitsch. Il ne se cloisonne plus dans les intérieurs de la bourgeoisie, mais s’étend mondialement et dans différents domaines, tout en gardant ses valeurs originelles : fausseté, toc, tape-à-l’œil, débordement, mauvais goût. Mais contrairement au kitsch de cent ans, il est omniprésent dans l’architecture, le cinéma, le théâtre, le graphisme, etc. Dans une société de consommation de masse son enjeu est de taille, séduire par ses caractéristiques esthétiques.
Aujourd’hui, le kitsch est à son paroxysme sous la forme de l'hyper kitsch. Il n’est plus hué, passé sous silence, tant il renvoyait au domaine du faux.
Maintenant, il est reconnu comme institutionnel, assumé, désiré, glorifié pour lui-même. C’est au tour de la mode, des réseaux sociaux, de l’apparence du corps d’être touchés par l’expansion de l’esthétique kitsch. Ce n’est plus le jugement des autres, c’est désormais le soi qui se plaît à revendiquer ouvertement sa propre « kitschitude ».
Et quoi de mieux que de pouvoir étendre sa personnalité en pimpant ses ongles ? Aujourd’hui, l’esthétique des ongles s'est affranchi des canons de la petite French manucure. Cette nouvelle ère de la manucure provoque les normes esthétiques établies. Parfois qualifié d’antiféministe et vulgaire, le « Nail Art » s’affirme aujourd’hui comme un phénomène de mode. C’est une pratique esthétique arbitraire, radicalement individualiste. Serait-elle devenue un terrain singulier d’expression créative ?
En quoi cette pratique corporelle dite kitsch, peut-elle devenir un terrain de création graphique ?
Votre recherche aura pour contexte le domaine de l'événementiel, du culturel, de l'associatif.
Quelques références : Miss Bashful, Philippe Katerine, Esthétique Camp, Y2K, hyperféminité…
durée : 10h00 / dates : 15 et 22 novembre 2024
Constance & Éloïne
Problème
Être soi au quotidien.
Problématique
Comment parvenir à incarner au quotidien notre véritable soi ?
Recherche
Le kitsch c’est oser être ce que nous n’osons pas être au quotidien, face aux conventions imposées par la société.
Certains lieux sont propices à cette expression de nous-même, en particulier les festivals. Ce sont des lieux où sans aucun jugement on peut révéler notre personnalité en toute liberté. Cependant, ces événements constituent des failles spatio-temporelles éphémères.
L’ambition des Kitsch Anonymes est de rendre ces failles plus permanentes, de permettre aux individus n’osant pas être pleinement eux-mêmes, de l’être enfin au quotidien. Les fondateurs de l’association proposent ainsi un outil d’auto-coaching permettant de se motiver et de définir ses objectifs.
L’application est personnalisable pour que chacun puisse exprimer son propre kitsch. Au sein de l’application est mis à disposition un outil de visualisation ou de motivation qu’est le moodboard, ainsi qu’un calendrier proposant des moments de partages avec d’autres membres.
Interface de l'application
Emma & Solène
Problème
Le sujet traite du kitsch et de l’expression de soi à travers son esthétique et dans un contexte non-commercial. Nous nous sommes interrogées sur son utilisation réelle.
Problématique
Dans quel contexte ce kitsch survient-il, et pour raconter quoi ?
Recherche
Nous avons retenu que l’hyperkitsch était comme un outil qui permet d’exprimer son individualité, son soi-intérieur mais était aussi à la fois un moyen de critiquer et de questionner la norme.
Les plaques mortuaires sont un exemple d’objet où le kitsch est exploité avec une esthétique différente, avec des codes liés à une vision très sobre de la mort et surtout très européenne (symboles, typographies, couleurs sombres…) mais qui ne correspond pas forcément à la personnalité du défunt.
À partir de ce constat, nous avons mis en place, dans un premier temps, un atelier de création de sa propre plaque mortuaire, où l’expression de soi et de sa personnalité étaient prioritaires.
De ces créations, nous avons conçu un site Internet à but critique répertoriant d’une part les créations 2D, et d’autre part, une interface de création en ligne permettant de dessiner sa propre plaque et de la diffuser par la suite publiquement sur la page d’accueil.
L’objectif de ce site est de dédramatiser la vision du deuil, mais aussi d’ouvrir un dialogue autour de la question de la représentation du défunt à travers le kitsch et l’expression de sa personnalité.
Interface de l'application
Alice C & Anaëlle
Problème
Les représentations féminines dans les « médias mainstream » constituent une vision dépassée et emplie de clichés.
Problématique
En quoi le kitsch de l'hyper féminité peut-il contrer le ringard, le désuet ?
Recherche
Nous avons amorcé notre recherche en considérant le kitsch comme une affirmation de soi, une forme d’expression de sa personnalité. L’esthétique kitsch est une manière de s’assumer mais aussi de transgresser la norme. C’est une manière de créer son individualité et de sortir des attendus de la société, en assumant pleinement d’être en dehors de la mode, voire de réinvestir le ringard.
C’est à partir de ce postulat que nous avons voulu travailler dans un contexte qui normalise les représentations, plus spécifiquement lors des élections Miss France.
Générique « transgressé » de l'émission Miss France
Perrine & Solenne
Problème
Le kitsch est souvent perçu de manière réductrice, limité à une esthétique figée. Or, il peut être vu comme une attitude, une manière d’être et de s’affirmer face aux autres.
Problématique
Comment valoriser et légitimer les expressions artistiques des drag queens, en mettant en lumière leur travail et leur contribution à l’histoire de la mode ?
Recherche
Nous avons exploré l’étymologie du mot queer, qui signifiait à l’origine « différent, anormal, autre », avant d’être réapproprié par la communauté LGBTQ+. Cela reflète une volonté d’assumer et de revendiquer sa différence face à une norme imposée. Nous avons fait le lien entre le mot queer et le concept de kitsch, en tant que manière de s’affirmer en dehors des conventions.
Ainsi, nous avons dirigé notre projet vers les drag queens. Ces artistes utilisent la mode pour bousculer les normes et marquer les esprits grâce à une esthétique burlesque et parfois provocante. Leur pratique englobe souvent la création de leurs propres tenues, positionnant leur travail à la croisée de la performance et de la couture. Ce sont des personnes qui conçoivent souvent leurs propres tenues et qui, pour nous, sont légitimes d’exposer leurs œuvres. Les faire entrer dans un musée pourrait s'inscrire dans un chemin de reconnaissance envers leur art et leur pratique, souvent exclus des livres d’histoire de la mode. (Mais nous devons être subtiles, car cette couture est issue d’une performance populaire, loin des normes d’une élite de haute société qui ne s'intéresse qu’à la mode luxueuse... Le risque est de mener à une forme de gentrification de la couture drag.)
Nous avons alors imaginé une campagne pour le Palais Galliera (Musée de la Mode à Paris) intitulée Queer, un art jusqu’au bout de l’aiguille !, mettant en avant le travail de couture des drag queens et kings. Cette exposition serait comme une sorte de pop-up store dans le musée, avec un espace dédié à leurs tenues. L’exposition annuelle proposerait une rotation mensuelle d’artistes pour illustrer la diversité des interprétations du kitsch et souligner son caractère mouvant et subjectif.
Ainsi, nous avons revisité l’identité visuelle existante du musée en y intégrant des caractères alternatifs qui déstabilisent la lecture. Ce choix visait à déroger aux normes graphiques traditionnelles tout en s’éloignant des clichés visuels associés au kitsch, afin d’inscrire ce dernier dans une démarche à la fois contemporaine et subversive.
En conclusion, nous avons souhaité sortir des clichés que nous avons sur le kitsch et montré que le kitsch est avant tout une attitude, une apparence qui nous est propre. C’est une manière de s'affirmer et d'être reconnu, en somme, c’est assumer d’être qui l’on est.
Camille & Paul
Problème
Justifier l'utilisation du kitsch dans une communication visuelle.
Problématique
Comment représenter l'expression d'un individu à travers un objet ?
Recherche
Le projet d’Alice nous invitait à imaginer un événement inspiré par la tendance « hyper-kitsch », dans laquelle l’individu et l’expression de soi sont au centre. Plutôt que de baser notre proposition sur l’apparence de personnes kitsch, nous avons choisi de nous concentrer sur un objet qui incarne ce concept. L’inspiration est venue du catalogue Italy : The New Domestic Landscape, dans lequel un des groupes de designers présenté remet en question la valeur sociale des objets, en leur attribuant délibérément une esthétique kitsch.
Nous avons finalement opté pour un appareil photo compact des années 2000. Un objet relié à l’expression de soi, que nous avons personnalisé avec des strass et des dessins. Cet appareil photo se révèle kitsch à plusieurs niveaux : l’expression de soi, à travers la personnalisation de l’objet. La provocation, en altérant un objet de valeur. Et la remise en question des normes esthétiques, en considérant le potentiel de photos pixellisées, de basse qualité. L’appareil photo sert ainsi, au sein d’une affiche, de symbole pour une exposition collective intitulée Transgression.
Alice B & Clara
Problème
Faire ressortir sa personnalité et s’affirmer n’est pas toujours évident dans des moments rapides comme le speed dating.
Problématique
En quoi nos mains peuvent-elle être représentatives de notre personnalité ?
Recherche
En partant de l'idée que l'individu s’affirme à travers son corps et ses ongles, nous avons conçu une campagne de communication autour d’un speed dating à l’aveugle dans lequel seules les mains sont dévoilées. Cette campagne exploite la synecdoque en mettant en avant une partie (les mains) pour représenter le tout (l’individu). Les gestes et postures des mains, qui reflètent une personnalité et une attitude authentiques, sont au cœur de notre concept. Inspirée de l’esthétique des années 2000 (comment la qualifier ?), la campagne propose des affiches uniques, à l’image des empreintes digitales, pour souligner l’unicité de chaque personne. Une vidéo accompagne les affiches pour promouvoir l’événement sur les réseaux sociaux.
Interface de l'application
Questions retenues par Alice C.
- En quoi le kitsch peut-il devenir un objet de revendication, si celui-ci est accepté dans notre société ?
- Est-il possible de parler d’une pratique jugée kitsch, hors norme, aujourd’hui, tout en faisant abstraction de son auteur ?
- Parce qu'aller contre les règles est inconfortable, la solution ne serait-elle pas l’amateurisme ?
- Comment définir la limite entre ce qui est ou n’est pas kitsch ?
- Le kitsch doit-il réellement avoir une utilité, ou doit-il tendre vers l’inutilité ?
- Cultiver son propre kitsch ne tendrait-il pas vers l’hyperpersonnalisation ?