le petit projet graphique \ 2024-25

petit projet graphique 11
archiver et représenter la petite histoire

thème de travail initié par Clara

Problème :
La petite histoire, c'est l'aspect anecdotique de l'histoire, les faits historiques secondaires. Dans les biographies où la valeur historique est souvent mesurée par l'impact et la portée d'un événement, les détails quotidiens sont jugés comme insignifiants et peu fiables. Ainsi lorsque l'on tente d'écrire la vie d'un individu nous représentons rarement la petite histoire.

Problématique :
Comment le design graphique peut-il contribuer à valoriser, représenter et archiver la petite histoire ?

Recherche :
Pour répondre à cette problématique, vous travaillerez sur la représentation de la petite histoire d'un individu de votre choix (le sujet peut être réel ou fictif) et argumentez sur votre positionnement en tant que designer graphique (par exemple : posture documentaire, d'auteur…).

La forme du projet est libre : édition, print, scénographie, site web, motion design, vidéo…

Voici quelques références qui traitent de la biographie ou de la petite histoire :
- Mikhael Subotzy et Patrick Waterhouse, Ponte City
- Sophie Calle, Elle s’est appelée successivement Rachel, Monique, Szyndler, Calle, Pagliero, Gonthier, Sindler. Ma mère aimait qu’on parle d’elle.
- Documentation Céline Duval
- Christian Boltanski, La vie impossible de C.B.
- Éloïsa Pérez
- Giorgia Lupi, Dear New York

durée : 10h00 / dates : 7 et 14 mars 2025


Alice B & Constance

Problème
Faire le lien entre plusieurs objets peut produire des histoires et des interprétations différentes.

Problématique
Comment rassembler plusieurs histoires sur un même support, comment retranscrire la pluralité des possibilités des histoires, des interprétations ?

Recherche
Nous avons axé ce projet plutôt sur le processus de création de l’histoire. C’est à dire que nous souhaitions non pas partir d’une histoire / anecdote existante mais d’en créer une à partir de quelque chose : adopter une posture d’auteur, création de fictions à partir du réel.
Pour cela, notre procédé a été de récolter un certain nombre d’objet qui formeront la base de notre histoire. Ces objets ont été récoltés aléatoirement : un sachet de thé, une bouteille en verre, une photo d’une jeune fille que l’on a appelé Ida, un déchet de carte de visite, un page d’un livre botanique sur le framboisier et une bougie.
Et à partir de ces éléments, nous avons créé cinq histoires différentes les mettant en scène. Pour cela nous avons utilisé notre cher ami ChatGpt en lui demandant 5 scénarios différents : policier, romance, science fiction, historique, vie quotidienne. On s’est donc retrouvé avec cinq histoires un peu loufoques, pas terribles, pas très bien écrites mais c’est un peu ce qui les rend drôles.

Notre travail s’axe également sur la multitude d’histoires différentes que peuvent créer plusieurs objets, chacun peut y voir ce qu’il veut. C’est cette pluralité de vision qui nous as intéressée. Nous nous sommes alors demandées comment rassembler plusieurs histoires sur un même support, autour des mêmes éléments, comment retranscrire la pluralité des possibilités des histoires.

On a ainsi opté pour la création d’une édition « trouée », chaque double page présente une histoire qui s’axe autour des éléments récoltés. Quand on tourne les pages on retrouve toujours les mêmes objets qui sont à chaque fois les déclencheurs de l’histoire. C’est un système que l’on peut parfois retrouver dans les livres pour enfants.

Quand il a fallu trouver un titre, on s’est également inspiré des contes pour enfant comme Jack et le haricot Magique en l’appellant Ida et la bouteille en verre, le sachet de thé, la bougie, la carte vadrouilleuse et la page de livre botanique.

Pour chaque histoire, nous avons ajouté des légendes aux objets en les qualifiant selon les différents scénarios, par exemple pour l’histoire policière on retrouve des descriptions très précises des objets qui font penser à des indices ou des pièces à convictions.

Côté mise en page, nous avons décidé de tirer parti de la forme créée par les trous en faisant un habillage de texte qui créent des formes aléatoires et des changements de mise en page en fonction des histoires et de leur longueur. Pour accentuer les changements d’histoire, nous avons choisi pour chacune des légendes une couleur différente.


Clara & Paul

Problème
Notre vie sur le numérique est ponctuée d’anecdotes passagères (vocaux et conversations entre internautes, commentaires sur les réseaux sociaux, recherches sur internet, utilisation d’applications pour travailler…). Mais avec le flux constant d’informations et l’enregistrement de nos données personnelles, notre parcours sur internet est archivé sans que nous y fassions attention. Ainsi, nous portons moins d’importance au temps que nous passons sur nos appareils électroniques, oublions et dévalorisons ces petites histoires.

Problématique
Comment archiver et valoriser nos petites histoires numériques ?

Recherche
Nous avons conçu un réseau social s’inspirant du concept de BeReal pour les individus qui passent du temps sur leurs écrans. Aléatoirement dans la journée et lorsque l’utilisateur est sur son appareil, l’application s’activerait et enverrait une notification de capture d’écran. L’individu peut accepter ou refuser la capture d’écran pour témoigner de son consentement. Suite à la capture, l’application apparaît et propose d’ajouter une description à sa capture d’écran et à valider l’envoi du post sur le réseau social.

L’application est constituée d’un fil d’actualité sur lequel les internautes peuvent commenter, liker et partager les captures d’écrans de leur cercle d’amis et d’une galerie sur laquelle l’utilisateur peut arranger, personnaliser et archiver les différents screenshots à la manière d’un blog.


La notification de l'application



Le fil d'actualités



La galerie



Camille & Solenne

Problème
Les petites anecdotes semblent insignifiantes dans la vie d’une personne. Pourtant elles peuvent donner beaucoup d’indices sur les différents pans de sa vie.

Problématique
Comment le design graphique peut-il contribuer à valoriser, représenter et archiver la petite histoire ?

Recherche
L’exposition Mille Morceaux explore le pouvoir des objets et des images à raconter des histoires. À partir d’un carnet intime trouvé (en apparence) dans une poubelle, les artistes-narratrices (nous) ont recréé des fragments de vie sous forme de diptyques mêlant textes et images. Ce projet interroge notre rapport aux traces du quotidien : que disent-elles de nous ? Comment réinventer une histoire à partir de morceaux épars ?
En réalité, ce carnet appartient à Camille, et le projet joue sur la frontière entre réel et fiction, mettant en abîme le processus de narration et d’archivage.


Alice C & Emma

Problème
Dans les biographies, les détails quotidiens sont jugés comme insignifiants et peu fiables. Ainsi lorsque l'on tente d'écrire la vie d'un individu, nous représentons rarement la petite histoire.

Problématique
Dans quelle mesure un objet peut-il devenir le témoin de notre quotidien et révéler des fragments de notre identité, de notre histoire et de nos souvenirs ?

Recherche
Nous avons choisi d’adopter une approche par l’objet, en nous intéressant à la clé USB d’Emma. Cet objet présente un double intérêt : il est à la fois un outil de travail essentiel et un support de souvenirs et de traces personnelles.

Pour révéler cette dimension narrative, nous avons imaginé la petite histoire de cette clé USB, ses aventures et ses sensations au sein de la salle de classe — un lieu où elle passe la majorité de son temps. Nous avons retranscrit cette histoire sous la forme d’une mini-installation photographique et sonore.

La bande son est composée des sons ambiants caractéristiques de la salle de classe, évoquant son atmosphère familière et immersive.

Concernant les photographies, nous avons choisi une approche narrative volontairement fragmentaire. Plutôt que de dévoiler explicitement toutes les informations sur l’objet et son propriétaire, nous avons préféré semer des indices. L’objet est présenté dans ses lieux privilégiés, parfois de manière évidente, parfois plus discrète, presque cachée. Cette mise en scène invite le spectateur à observer attentivement, à reconstituer lui-même l’histoire de cette clé USB et à imaginer son parcours.

Ce choix narratif, qui joue sur l’implicite et la suggestion, permet de donner à l’objet une forme de subjectivité : il devient un témoin silencieux mais expressif du quotidien. En évitant de livrer toutes les clés de lecture, nous avons cherché à éveiller la curiosité du spectateur, l’incitant à créer sa propre interprétation et à se projeter dans cette petite histoire d’objet.

L'univers sonore de l'installation

Anaëlle & Éloïne

Problème
Les anecdotes de famille, à force d’être racontées et re-racontées, sont déformées. Elles perdent de leur véracité, comme un jeu du téléphone arabe où l’on transforme des fragments de l’histoire progressivement.

Problématique
De quelle manière le designer graphique peut intervenir dans la préservation de ces récits, qui n’ont de valeur qu’au sein du cercle familial ?

Recherche
Afin de traduire cette idée de perpétuation de l’histoire, de conservation du souvenir, nous avons souhaité mettre en image les récits de nos grands parents au travers de petits motion design.

Nous avons imaginé que la mise en image de ces petites histoires se ferait à l’initiative d’un designer graphique. Celui-ci mettrait à disposition une plateforme, ou bien directement ses réseaux sociaux, afin de permettre aux gens, qu’ils soient de sa communauté ou non, de venir déposer les audios de leurs anecdotes de famille. Le designer se servirait de cette base narrative pour créer des projets de motion, qui pourraient venir alimenter son travail de designer ou son portfolio, afin de l’aider à se faire connaître au travers d’anecdotes inédites. Ces anecdotes animées auraient, par conséquent, vocation à être publiées sur le web ou sur les réseaux.

Dans cette idée de mise à disposition sur le web, nous avons conçu une interface permettant d’archiver toutes ces petites histoires. Différents filtres permettent de trier les récits selon leur origine géographique, l’évènement familial durant lesquels ils sont généralement racontés, et selon la famille dont provient l’anecdote.

Notre positionnement se veut donc à la fois documentaire et d’auteur. En effet, notre plateforme propose une manière de répertorier les récits décrivant des morceaux de vie de familles diverses, comme autant de témoignages d’instants passés. Mais le développement des petites histoires en motion design propose une réinterprétation des anecdotes par l’image, soit un travail d’auteur réalisé par le designer.

Ce travail d’archivage pourrait s’augmenter en confrontant différents points de vue d’une même histoire. Les diverses versions du récit pourraient être comparées en fonction du membre de la famille qui le raconte. De cette façon, on pourrait déceler les points de divergences et les zones plus « stables », « admises » de l’anecdote.


Interface de l'application



L'histoire du crapaud



L'histoire du garage défoncé



Perrine & Solène

Problème
Les médias déshumanisent et invisibilisent souvent les Palestiniens en les réduisant à des chiffres, à la violence et au « conflit » israélo-palestinien. Ce projet cherche à raconter leur histoire autrement, en mettant en avant leurs récits individuels et leur culture à travers le symbole de l'olivier et de l’olive.

Problématique
Comment redonner une dimension humaine à l’histoire des Palestiniens et mettre en valeur leur identité culturelle à travers une narration alternative aux représentations médiatiques dominantes ?

Recherche
Notre projet explore l’identité palestinienne à travers le symbole de l’olivier, arbre central dans l’économie, la culture et la résistance palestiniennes.
À partir d’archives photographiques issues du Palestinian Museum Digital Archive, nous avons sélectionné des images illustrant la culture des olives et la vie quotidienne des Palestiniens, mais notre choix s’est également porté sur cette culture à l’ère du « conflit » israëlo-palestinien.
Plutôt que de simplement exposer les photographies, nous avons choisi le tissage comme technique de transformation, rappelant à la fois un savoir-faire artisanal et le motif du keffieh, emblème de la résistance palestinienne. Ce geste permet de recréer du lien entre des fragments d’histoire et de mémoire dispersés. Les tissages ont été accrochés au mur, un support évocateur de frontières imposées mais qui prend également une posture revandicatrice.

À travers une édition rassemblant ces tissages scannés, nous avons accompagné ces productions par des poèmes palestiniens, afin d’amplifier la dimension narrative et émotionnelle du projet. L’archive prend alors une dimension poétique pour raconter l’histoire sous un autre prisme.
Ainsi, notre démarche cherche à donner une voix humaine et sensible à l’histoire palestinienne, au-delà des représentations médiatiques dominantes.



Questions retenues par Clara

- Comment retranscrire la pluralité des petites histoires ?
- Comment réinventer une histoire à partir de fragments épars ?
- Que disent les traces et les objets du quotidien sur leur propriétaire ?
- Comment préserver des récits oraux qui n’ont de la valeur que dans un cercle restreint d’individus ?
- Comment redonner une dimension humaine et redonner de la valeur à une histoire et identité culturelle à travers une narration alternative aux représentations médiatiques dominantes ?
- Comment valoriser les anecdotes numériques ?
- Comment les petites histoires peuvent-elles déconstruire ou enrichir l’Histoire ?