le petit projet graphique \ 2024-25

petit projet graphique 12
animal, moche donc méchant ?

thème de travail initié par Éloïne

Questionnement :
Les animaux domestiques ne sont pas tous considérés de la même façon par les humains. Certains occupent des places privilégiées et disposent d’une meilleure protection dans la lutte contre la maltraitance animale, notamment les animaux de compagnie. Cependant, même au sein des animaux de compagnie des degrés de considération sont présents, certains animaux seraient en particulier victimes d’un « délit de sale gueule » (rat, chien catégorisé, pigeon…). En d’autres termes, certains animaux subissent de la discrimination à cause de leur apparence : soit cela peut être dû à des préjugés ou parce qu’ils ont l’air dangereux, disgracieux, vieux, difformes… Au travers de ma collecte d’images, j’ai pu constater qu’ils sont souvent sous-représentés dans la lutte contre la maltraitance animale et que la manière de les représenter peut avoir un impact sur la manière de les considérer.

Problématiques :
De quelle manière le design graphique peut contribuer à la considération / réhabilitation de l’image des animaux domestiques victimes du délit de sale gueule ? En quoi la fiction peut être un outil pertinent en ce sens ?

Recherche :
Afin de répondre à cette problématique, je vous invite à user d’interactions (de préférence ludiques) et de la fiction pour parler des animaux domestiques victimes du délit de sale gueule. Les objectifs seront :
- d’argumenter votre positionnement (informer, sensibiliser, documenter, militer…),
- de définir le choix de votre cible (âge, des personnes déjà sensibilisées ou non…),
- de définir le contexte du projet (prospectif, faits réels, narratif…),
- d'identifier le / les animaux domestiques sélectionnés (milieu urbain, en milieu rural…) et enfin,
- de justifier l’esthétique des interactions choisie dans ce projet.

Le support convoqué pour le projet est donc libre (numérique, print) du moment que vous user de la fiction et de l'interactif et que vous vous concentrez sur des animaux domestiques ou de compagnies. Ce n'est pas grave si vous ne parvenez pas à aboutir à un dispositif interactif complet ou développé entièrement, le plus important est la réflexion que vous allez amorcer et son argumentation.

Aides :
→ Pour vous inspirer en termes de fiction et d’esthétique je peux vous renvoyer à mon corpus de mémoire qui répertorie des représentations usant de la fiction.
→ Pour vous inspirer en terme d'interactions voici quelques exemples que j’ai repéré qui ne traitent pas forcément de maltraitance animale :
- Dorne Geoffrey, Cahier de Colèriage : une révolution à colorier.
- NORMALS, Card of the Normal Future : jeu de gestion de ressources projeté dans un futur prospectif.
- Minus, Super bestioles : jeu de 7 famille avec des tests de connaissance sur les animaux.
- Cox Paul, Le Ludographe : Kit pédagogique, jeu de manipulation de formes.
- Volumique, Paponimo : jeu de cartes d’animaux à plier.
- Chheng Julie Stephen, Uramano : parcours augmenté sur des tableaux traditionnels.
- Dorne Geoffrey, 40 actions historiques d’éco-sabotage : affiche augmentée répertoriant des faits réels avec des QR codes à scanner pour en apprendre plus.


durée : 10h00 / dates : 21 et 28 mars 2025


Anaëlle, Éloïne & Perrine

Problème
Le délit de sale gueule envers les animaux handicapés empêche leur adoption.

Problématique
Comment contribuer à la considération des animaux handicapés ?

Recherche
Dans le cadre de la thématique du délit de sale gueule, nous avons choisi de nous tourner vers les animaux domestiques handicapés. En effet, ce sont des animaux qui sont presque systématiquement euthanasiés à cause de leur apparence disgracieuse et bien souvent invisibilisés.

Pour se faire, nous nous sommes tournés vers le contexte des refuges où sont placés des animaux de compagnies abandonnés dans l’attente d’être adoptés par un foyer aimant. Et dans ce lieu justement, les animaux handicapés ou à l’apparence dangereuse ou encore trop vieux sont beaucoup moins adoptés que les autres animaux valides ou mignons et restent des années dans les refuges pour souvent finir par être euthanasiés.

Ainsi, nous avons imaginé un atelier qui aurait lieu lors d’une « journée rencontre ». Dans cet atelier, il s’agirait de reconstituer le parcours narratif d’un animal handicapé (Pimprenelle) et d’un animal valide (Baltazar) avec un système interactif d’étiquette.

En comparant ces deux parcours, nous avons souhaité montrer que l’animal handicapé est confronté à un parcours de vie bien plus difficile que celui des autres, alors qu’il ne souhaite que donner et recevoir de l’affection comme tout autre animal.
L’objectif est également d’habituer le regard des enfants (régulièrement prescripteurs dans le processus d'adoption) aux animaux handicapés.

Cet engagement explique également l’esthétique délicate des illustrations qui constituent un filtre aux images d’animaux défigurés qui font bien souvent fuir. En ce sens, la variété des couleurs est un appel à la considération de la diversité et également un écho au corps morcelés des animaux handicapés.
Ainsi notre positionnement est celui de la sensibilisation au travers d’un dispositif informatif et ludique. En effet, l'informatif et le ludique permettent de sensibiliser par des moyens détournés et stimulants. Ils sont en quelque sorte les « hameçons » séduisants d’une cause moins séduisante.


Clara & Solène

Problème
De nos jours, certains animaux domestiques sont victimes du délit de « sale gueule », c'est-à-dire qu’ils sont discriminés en raison de leur apparence jugée menaçante, vieillissante ou atypique. Bien que le regard de l’enfant soit de prime abord naïf et dénué de jugement, il peut déjà observer des différences et construire sa pensée en fonction des réactions de son environnement social (parents, amis, l’école…). L’enfance représente ainsi une période décisive où ces préjugés peuvent se renforcer ou être remis en question, d’où l’importance de sensibiliser les enfants dès le plus jeune âge à ces problématiques.

Problématique
Comment le designer graphique peut-il sensibiliser les enfants et contribuer à changer leur regard sur les animaux victimes du délit de sale gueule ?

Recherche
L’association Le Radeau des animaux, un refuge pour les animaux abandonnés et maltraités, fait appel à un graphiste pour penser et créer un dispositif de médiation permettant aux enfants de comprendre les enjeux des animaux stigmatisés pour leur apparence.

Le graphiste viendrait réaliser des ateliers en milieu scolaire dans lequel il donnerait pour consigne aux enfants de dessiner un animal domestique qu’il considérait comme difforme ou agressif. Les dessins seront ensuite scannés et téléchargés sur le site de Doog (contraction du mot dog et good). C'est une plateforme sur laquelle les dessins d’enfants sont importés et animés grâce à une IA. L’enfant peut avec un accompagnateur choisir le type d’animation pour personnaliser davantage son animal de compagnie virtuel.

Ensuite, le site propose une galerie de paysages du quotidien (le jardin, le salon, la ruelle…) ou de l’imaginaire (la lune, sous la mer…) dans lequel l’animal peut prendre vie. Une option permet également à l’enfant de visualiser son animal seul ou aux côtés des créations réalisées par d’autres utilisateurs.

Une page dédiée à l’association est également disponible, offrant des informations complémentaires et la possibilité pour les utilisateurs volontaires de faire un don.

En permettant aux enfants de dessiner des animaux perçus comme « difformes » ou « agressifs », le dispositif les incite à explorer leur propre perception de ces animaux. En animant leurs créations grâce à une IA et en les intégrant dans des environnements variés, le site encourage les enfants à voir ces animaux sous un jour nouveau, positif et ludique.
Par l’aspect communautaire du site, voir son animal de compagnie à côté de ceux des autres aide à valoriser la diversité et à normaliser les apparences atypiques.


L'interface du site DOOG



l'animation assistée par IA



Alice B & Paul

Problème
Certains animaux sont soit glorifiés, soit craints, mais dans tous les cas résumés à leur dangerosité.

Problématique
Comment critiquer cette perception réduite des animaux qui sont vus dans ce cas comme des trophées ?

Recherche
Partant du constat que certaines adoptions d’animaux sont motivées par leur valeur symbolique, nous avons, par exemple, envisagé qu’un serpent serait adopté parce qu’il renvoie une image forte et dangereuse et soit considéré comme un trophée. Notre première idée était donc de communiquer sur la sensibilité de ce type d’animaux.

Cela semblait néanmoins difficile à accomplir et nous avons finalement choisis de réaliser une production critique nous permettant à la fois de réaliser un dispositif interactif et ancré dans la fiction.

Ainsi, notre dispositif prend la forme d’un questionnaire présent sur une borne d’animalerie fictionnelle dont la particularité est que l’animal adopté n’est pas choisi par l’acheteur mais déterminé en fonction des réponses au questionnaire.

Via ce procédé, nous voulons présenter l’animal comme un produit de consommation personnalisé, éclipsant ainsi sa personnalité et sensibilité.

Aussi, le support du questionnaire nous a permis de retranscrire les dysfonctionnements d’une société fictionnelle à travers des questions dérangeantes.

Par exemple, les animaux ne sont pas classés en fonction de leurs sensibilité, affection et besoins, mais selon leur dangerosité, leur rareté, leur taille et sensibilité à la douleur.

Enfin, nous avons choisi de faire référence au Constructivisme russe à travers notre identité visuelle (rouge et noir, formes géométriques). Ce mouvement étant fréquemment utilisé dans les fictions dystopiques totalitaires, nous avons sollicité cette esthétique pour rendre explicite la caractéristique critique de notre production.

Par ces différents procédés, nous souhaitons critiquer cette approche égoïste, intéressée et insensible de l’adoption d’animaux, afin de valoriser des approches plus sensibles et la possibilité d’établir des relations privilégiées avec d’autres espèces.



L'interface du questionnaire



Constance & Emma

Problème
Le langage français regorge d'insultes et d'expressions utilisant des noms d'animaux pour décrire des comportements ou attitudes négatives. Cette pratique perpétue l'idée d'une supériorité humaine sur les animaux et banalise une forme de violence symbolique à leur égard.

Problématique
Comment exposer la violence du langage et la supériorité implicite véhiculées par les insultes animalières ?

Recherche
Nous avons conçu Animoche, un jeu de cartes qui invite à réfléchir sur la violence cachée dans les insultes animalières. Le jeu repose sur l'association de deux types de cartes :
- Les cartes-phrases, qui décrivent des situations où une insulte animale est prononcée.
- Les cartes-animaux, qui présentent l'animal associé à l'insulte, illustré volontairement de manière « moche », avec des traits maladroits et enfantins. Ce choix graphique accentue le contraste entre l'apparente légèreté du visuel et la violence des propos.

Le but est d’associer une carte-phrase avec la carte-animal qui correspond. Chaque carte-animaux comporte également une définition « trash » de l'insulte pour révéler la brutalité souvent banalisée de ces expressions.

En jouant sur ce contraste graphique et textuel, Animoche cherche à provoquer une prise de conscience sur l'impact du langage. Le jeu s’adresse principalement à un public adulte, plus apte à prendre du recul sur ces mécanismes langagiers.


Camille & Solenne

Problème
Certains animaux sont discriminés à cause de leur apparence, notamment lorsqu’ils ont perdu un membre de leur corps.

Problématique
Comment sensibiliser dès le plus jeune âge aux animaux victimes du délit de sale gueule ?

Recherche
Notre engagement a été de créer un carnet de coloriages destiné aux enfants, mettant en avant des animaux souffrant d’un « délit de sale gueule », comme ceux ayant un membre en moins. L’objectif est de sensibiliser dès le plus jeune âge à cette problématique par le biais d’une activité ludique et éducative. Deux coloriages à numéros ont été réalisés, jouant sur l’illusion visuelle : au départ, l’animal semble complet, mais en coloriant, on découvre son handicap (un chat à trois pattes, un pigeon avec une aile coupée). Ce procédé vise à créer un effet de surprise et à encourager la réflexion.
Faute de temps, un récit interactif n’a pas pu être ajouté. L’étape suivante de développement du projet serait de proposer un carnet plus immersif où les coloriages s’inscriraient dans une histoire engageante.


Alice C

Problème
Comment le design graphique peut-il rendre perceptible et compréhensible la douleur des animaux, tels que les poissons, invisibilisés en raison de notre incapacité à décoder leurs signaux de souffrance ?

Problématiques
De quelle manière le design graphique peut contribuer à la considération / réhabilitation de l’image des animaux domestiques victimes du délit de sale gueule ? En quoi la fiction peut être un outil pertinent en ce sens ?

Recherche
Les poissons sont les grands oubliés de la protection animale. Lorsqu’on parle de bien-être animal, on pense aux chiens, aux chats ou aux animaux d’élevage. En matière de biodiversité, ce sont les grands mammifères qui captent l’attention. Pourtant, plusieurs rapports récents plaident pour faire des poissons une priorité.

En France, les poissons représentent plus de la moitié des animaux de compagnie, mais sont souvent réduits à de simples objets décoratifs. Contrairement aux mammifères, avec lesquels nous partageons des modes de communication visuels et sonores, les poissons utilisent des signaux chimiques ou électriques que nous ne percevons pas. Cette barrière sensorielle rend leur souffrance difficile à identifier, ce qui contribue à notre indifférence à leur égard.

Peu compris, peu protégés, les poissons méritent pourtant qu’on leur accorde plus d’attention.

L’objectif de ce projet est de réaliser un spot télévisé, une vidéo de sensibilisation pour la Fondation Droit Animal, Éthique et Sciences, destinée aux parents. Lorsqu’un enfant demande un animal de compagnie, un poisson peut sembler être un choix plus simple qu’un chat ou un chien. Après tout, il paraît peu exigeant : un petit aquarium, peu d’entretien… Pourtant, cette idée est fausse.

Ce spot vise à déconstruire cette perception et à rappeler qu’un poisson n’est pas un simple objet décoratif, mais un être vivant avec des besoins spécifiques. La vidéo adopte d’abord le point de vue d’un enfant, ce dernier.ère nous parle de sa chambre avec enthousiasme, qu’iel est heureux·euse. Sa chambre est un espace qui répond à ses besoins : de la place, des jeux, des cachettes, un univers qui lui est propre. Puis, progressivement, son monde se détériore : son lit disparaît, ses jouets s’évanouissent, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un espace blanc, neutre, oppressant. L’espace rétrécit, devenant presque invivable. L’enfant nous parle de son incompréhension, des ses peurs, qu’iel est malheureux.euse. Mais ici, il ne s’agit pas d’un enfant… mais d’un poisson. La révélation finale d’un combattant enfermé dans un minuscule aquarium met en lumière l’absurdité de notre perception de ces êtres vivants et de la manière dont nous les traitons. Celui-ci ne parle certes pas, mais il souffre.


storyboard animé du spot créé par alice corde


Questions retenues par Éloïne

- Faut-il accompagner les objets graphiques ancrés dans la fiction par un support informatif complémentaire ?
- Dans quelle mesure faut-il alors multiplier les objets graphiques fictionnels pour sensibiliser le plus grand nombre ?
- Dans quelle mesure habituer le regard humain aux animaux victimes du délit de sale gueule peut les réhabiliter ?
- Comment le design fiction peut-il constituer une critique effective des comportements humains envers les animaux victimes de délit de sale gueule ?
- En quoi le jeu peut-il constituer un biais pertinent pour sensibiliser au délit de sale gueule ?