le petit projet graphique \ 2024-25

petit projet graphique 7
post mortem

thème de travail initié par Constance

Questionnement :
Initialement les revivals typographiques désignent les caractères qui sont retravaillés pour être adaptés à une nouvelle technique. Ce terme est un anglicisme qui signifie ressusciter, ramener à la vie, vivifier… En typographie, il s’agit premièrement de caractères inutilisés, dépassés, hors d’usage mais qui ne sont pas disponibles dans la technologie actuelle. Ainsi beaucoup de revival ont été créés lors du passage des caractères en plomb à la photocomposition puis au numérique par exemple.
Aujourd’hui ce terme à quelque peu dérivé et est couramment utilisé pour parler des réinterprétations, des reprises typographiques de manière générale.

Ce sujet fait écho à des questions auxquelles nous sommes quotidiennement confrontés en tant que créatifs. Le passé offre un répertoire d’inspiration formelle dans lequel nous puisons continuellement. Toute production antérieure constitue une possible source d’inspiration et il nous appartient de décider quelle attitude adopter à son égard. Les créations passées peuvent être réinterprétées, améliorées, actualisées, recréées. Le caractère BBB Baskervvol en est un exemple. En reprenant un caractère classique et en l’augmentant de glyphes inclusifs, ce revival s’inscrit dans l’usage et les questionnements actuels : rendre visible et inclure toutes les identités.

Problématique :
De quelle manière la reprise, la recréation, la réinterprétation peut-elle être utilisée pour répondre à un besoin contemporain ?

Recherche :
Pour ce ppg, il vous est demandé de reprendre une typographie ou un élément graphique existant (affiche, communication, etc.) et de la / le réinterpréter. Cette réinterpretation devra être singulière et s’inscrire dans un contexte contemporain.

Voici quelques références pour mieux comprendre mon propos :
- Le caractère BBB Baskervvol de Bye Bye Binary : un revival augmenté de ligatures inclusives par la collective Bye Bye Binary. Le contexte linguistique francophone occidental est particulièrement genré et ne reflète plus la diversité de la société actuelle, qui cherche à rendre visible et à inclure toutes les identités.
- Le caractère Marian. Avec cette création, Paul Barnes fait un revival des classiques de la typographie (Garamond, Baskerville…). Mais il les interprète librement en dégageant l’essentialité de la forme et en adoptant une stratégie réductionniste du caractère. Les lettres réduisent leurs modèles à leurs formes squelettiques ce qui donne une famille de caractères monolinéaires.
- Le caractère Duplicate, de Christian Schwartz, reproduit le caractère Antique Olive de Roger Excoffon mais à partir de sa seule mémoire. La forme des lettres est filtrée par le souvenir.
- Le caractère Garamond/t : une reprise « hard core » de ce classique.
- L'affiche Swatch de Paula Scher. Dans les années 1980, Paula Scher ci-dessous, à droite reprend une affiche de Herbert Matter ci-dessous, à gauche des années 1930 (affiche promotionnelle pour les stations de skis suisses) en la détournant pour créer une publicité pour cette marque de montres :
À gauche Herbert Matter, Affiche pour l’Office de Tourisme de la Suisse, 1934. À droite Paula Scher, campagne pour Swatch, 1984

durée : 10h00 / dates : 13 et 20 décembre 2024


Anaëlle & Perrine

Problème
Les écrans accaparent une part trop importante de notre attention, et nous fréquentons les réseaux sociaux de façon passive.

Problématique
Une réinterprétation de l'interface et de sa typographie peut-elle permettre de nous détacher de nos écrans ?

Recherche
Pour répondre à cette problématique, nous avons travaillé sur l’interface iOS d’Apple, une marque emblématique de notre relation avec les écrans. Réputée pour ses interfaces épurées, Apple est aussi critiquée pour ses pratiques commerciales et l’addiction qu’elle peut engendrer.

Nous avons imaginé un « mode Désintox » pour réinterpréter l’interface iOS. Ce mode, activable dans les paramètres, vise à ralentir l’utilisateur et à créer des frictions dans sa navigation. L’objectif : encourager une prise de conscience des gestes et interactions numériques. Par exemple, le scroll serait perturbé par une typographie déstructurée envahissant temporairement l’écran, signalant un usage excessif et ralentissant la consommation de contenu. Les notifications seraient limitées, et l’ouverture d’applications nécessiterait un engagement, comme répondre à une question ou cocher des cases. Ces obstacles, inspirés du « mode Concentration » d’Apple, offrent une approche plus radicale et expérimentale pour inciter à réfléchir sur nos habitudes numériques.

À noter que ce projet fonctionne dans un cadre fictif et critique, car il serait en réalité très hypocrite de la part d’Apple d’aider à limiter le temps d’écran, alors qu’ils encouragent l’addiction au téléphone par d’autres mécanismes.

Nous avons opté pour un revival typographique subtil, plutôt concentré sur notre manière d'interagir avec la typo que sur le caractère directement. Là où d’habitude, la typographie est au second plan sur les réseaux sociaux, elle sert ici un objectif supplémentaire. Le texte dépasse sa fonction informative et nous fait prendre conscience de notre activité sur l’écran.


Publicité Apple



Ouverture de l'application



Le scroll Instagram


Éloïne & Camille

Problème
La recherche d’emploi.

Problématique
De quelle manière le revival d’une tradition peut-il aider l’humain dans sa recherche d’emploi ?

Recherche
L’association Cher Père Noël donne-moi un CDI propose un atelier d’écriture de lettre au Père Noël pour les designers graphiques ayant des difficultés à trouver l’emploi de leurs rêves. En effet, nous avons constaté qu’il était de plus en plus difficile pour les designers fraîchement diplômés de s'imaginer un monde du travail qui les respecte et les considère. Il nous a semblé nécessaire d’agir pour les soutenir psychologiquement et leur remonter le moral. pour Noël.

Au travers de ce projet nous avons cherché à hybrider l’ancien et le nouveau. Nous nous sommes tournées vers la notion de tradition, et notamment les traditions dédiées aux enfants. Dans cette période de fête, nous avons directement pensé à la tradition des lettres au Père Noël. Notre idée a alors été de penser cette tradition pour les adultes dans le contexte socio-économique actuel. Nous avons repris le principe du catalogue dans lequel on vient découper les objets ou autres éléments de nos rêves. Nous nous sommes positionnés à la fois avec un ton humoristique et thérapeuthique. Créer ce type de lettre nous permet de libérer notre enfant intérieur, de nous autoriser à aspirer à une vie meilleure dans le monde du travail.


Alice B & Solène

Problème
Le manque de connaissance des monuments Français et des villes auxquels ils appartiennent.

Problématique
Comment utiliser le revival de façon ludique dans un but éducatif ?

Recherche
Les panneaux de signalisation d’animation culturelle et touristique que l’on trouve sur l’autoroute ont pour objectif originel de rompre la monotonie de conduite et d’éviter l’endormissement au volant. En dehors de cet aspect, c’est également un moyen aujourd’hui de connaître les particularités culturelles de différentes régions (nourriture, monuments, faune, flore…). En nous concentrant sur la représentation des monuments des vingt plus grandes villes Françaises, notre projet de mémory intitulé « mémo-nument » reprend les codes esthétiques de ces panneaux (illustration simplifiées, tons marrons, jaune, beige, orange, typographie) afin de développer la mémoire et les connaissances des joueurs. Chaque monument correspond à une ville qu’il faut retrouver dans l’ensemble des cartes. Le jeu contient également une carte de France permettant de répertorier l’ensemble des monuments et des villes auxquelles ils appartiennent.


Emma & Paul

Problème
Le détournement nazi du svastika a effacé dans certains pays sa signification originelle sacrée et est aujourd'hui exclusivement reconnu comme symbole de haine.

Problématique
Peut-on réhabiliter le svastika en dehors de sa signification de haine ?

Recherche
Il semble y avoir en design graphique, des signes tabous. Des formes à la signification si forte qu’il nous serait interdit, à nous designers graphiques, de les convoquer, de les manipuler, de les détourner et par conséquent, de les faire évoluer. On peut penser aux signes religieux, rendus immuables par leur sacralité. Dans un registre tout autre, aux portraits des figures bannies par l’opinion publique comme celle de l’abbé Pierre, barrée d’un trait noir suite à de multiples accusations d’agressions sexuelles. Enfin on peut penser au svastika, reconnu comme croix gammée nazi dans de nombreux pays occidentaux et associé aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale.

Cependant, si ce signe est aujourd’hui proscrit en Europe, il signifiait auparavant bonne augure et fortune dans les civilisations grecques, égéennes et précolombiennes. Il est d’ailleurs toujours un symbole sacré dans les religions du bouddhisme, de l'hindouisme et du jaïnisme. Ce n’est que depuis le détournement de ce signe qu’il est reconnu en Occident comme un symbole de haine et qu’il suscite l’effroi. La reprise nazi de ce signe semble avoir effacé en Europe, sa signification originelle sacrée.

Cette importante différence de signification entre un signe religieux et le symbole absolu de la haine ne se retranscrit pas visuellement. La croix gammée nazi n’est qu’une rotation à 45° du svastika. Cette proximité formelle peut aujourd’hui être à l’origine de confusion. Voir un svastika sur des temples religieux suscite des réactions. Cette réappropriation nazie d’un symbole religieux aurait transformé, pour une partie de la population, le sens du signe originel.

Peut-être y a-t-il ici un problème à résoudre pour un designer. Comment rendre au svastika sa signification originelle en occident ? Comment le distinguer de la croix gammée nazie ? Peut-être y a-t-il un travail de médiation à accomplir ? Dans la mesure où le sujet nous imposait de produire un revival : Comment dessiner un revival du svastika qui ne soit pas un troisième signe qui ne fasse qu’accentuer la confusion déjà existante entre ce signe et le symbole du parti nazi ?

Plutôt que de nous confronter à ces interrogations complexes et délicates, nous avons décidé de réaliser une production critique. Le but était de retranscrire visuellement nos questionnements à travers ce cas d’étude. Nous avons en ce sens produit plusieurs expérimentations formelles à partir du svastika. En modifiant ce signe, sa couleur et par l’ajout d’un titre, nous souhaitons nous demander si nous pouvons le voir différemment, le réhabiliter en dehors de sa signification de haine.

Ainsi, dans le cadre du revival d’un signe devenu choquant, nous interrogeons à partir de quand la différence avec le signe originel est-elle suffisante pour que le nouveau signe soit acceptable ? Plus généralement : Jusqu'où la pratique du design graphique, en l'occurrence celle du revival, peut-elle aller ? Quelles sont ses limites ? En poussant la question dans ses retranchements par la reprise d’un signe interdit. Et enfin, de manière plus pratique : Est-ce que le revival peut réhabiliter un signe devenu tabou ?


Constance & Solenne

Problème
La typographie comme outil de prévention.

Problématique
De quelle manière transposer l’altération d’un organe au champ typographique ?

Recherche
Création d’une campagne de prévention contre le tabagisme commanditée par Santé Publique France.
Conception de trois affiches combinant des slogans et photos, centrées sur l’impact du tabac sur les poumons et la respiration.

Nous avons repris le caractère Helvetica Bold, présent sur les paquets de cigarettes neutre. Par le feu, nous sommes venues brûler, trouer, noircir les lettres afin d’évoquer l’aspect gangréné, nécrosé que subit le corps et plus particulièrement les poumons lors de la consommation de tabac. Le feu fait disparaître les lettres, leurs contours de manière aléatoire.
La fonction initiale des lettres est altérée ce qui crée un parallèle avec les poumons. La lecture est brouillée par le feu, comme les poumons, autres organes dont les capacités vitales sont impactées par le tabac. L’idée de transposer l’impact du tabac sur le corps, à la typographie.

Les gros plans photographiques de poumon nécrosé, de fumée et de mégots suggèrent le côté toxique, néfaste du tabac sans le percevoir au premier abord. Ils nous amènent à nous questionner sur la nature de ces images. Associées aux mots souffle, air, fin, ces photos viennent retranscrire l’odeur, les difficultés respiratoires, l’impact du tabac sur les organes et les capacités vitales de notre corps.


Alice C & Clara

Problème

Problématique
En quoi la répétition et la détérioration des logos typographiques, dans le contexte de la fast-fashion, reflètent-elles les dynamiques d'altération d’une identité ?

Recherche
Le projet explore la thématique de la reprise à travers la problématique de la fast-fashion, où des marques comme Zara, Shein ou H&M copient rapidement des modèles de luxe ou de créateurs indépendants. Ces copies, destinées à être abordables, sont produites à l’aide de matériaux de mauvaise qualité, souvent au mépris des enjeux écologiques et des droits des travailleurs. Les vêtements ainsi créés deviennent des versions dégradées des originaux.

Pour illustrer ce phénomène, l’expérimentation s’est centrée sur deux logos typographiques, ceux de Shein et Zara. Le processus créatif explore la répétition en modifiant progressivement leur résolution et en appliquant des effets graphiques (seuil et répétitions sur Photoshop). Ces logos se dégradent, jusqu’à devenir méconnaissables. Cette démarche interroge les limites de la lisibilité et la perte de signification visuelle lorsque la copie s’éloigne de l’original.

En parallèle, ces copies ont été réutilisées pour créer des motifs, accentuant la disparition du sens initial des logos. Cette exploration graphique pourrait inspirer un créateur indépendant dans une collection sur le thème de la fast-fashion, ou encore pour détourner des publicités de ces marques à travers ce processus de dégradation.

En conclusion, ce travail souligne la dégénérescence conceptuelle et visuelle liée à la fast-fashion, où l’essence des originaux s’efface au profit d’imitations répétées. Le processus pourrait être enrichi par d’autres techniques, comme l’utilisation d’une photocopieuse pour élargir les possibilités de détérioration.


Avertissement : Ce contenu contient des images et des animations susceptibles de provoquer des crises d’épilepsie photosensible.


Principe de dégénérescence #1


Principe de dégénérescence #2



Questions retenues par Constance

- Tout signe ou élément graphique peut-il être réutilisé, indépendamment de son histoire et de sa signification ?
- La signification initiale d’un signe peut-elle être altérée ou transformée par le processus de reprise ?
- La valeur d’un original est-elle affectée par sa copie ou sa reprise ?
- Comment la réinterprétation d’une interface peut-elle entraîner une prise de recul sur notre utilisation des écrans ?
- La reprise d’un caractère peut-elle transformer une typographie en outil de sensibilisation ?
- La reprise d’un élément du passé participe-t-elle à sa préservation ou à sa dénaturation ?